Un projet intergénérationnel ne consiste pas seulement à réunir des âges différents dans un même lieu. Il crée un vrai temps d’échange, de transmission ou d’entraide. École, EHPAD, association, commune, centre social ou résidence seniors peuvent le mettre en place avec des formats simples, à condition de choisir une activité adaptée aux participants et à l’objectif recherché.
Ce qui fait vraiment un projet intergénérationnel
Un projet intergénérationnel est une action organisée qui met en relation des personnes de générations différentes, le plus souvent des enfants, adolescents, étudiants, adultes, seniors ou personnes âgées. Son objectif va au-delà de la convivialité : il sert à la transmission des savoirs, à la lutte contre l’isolement, à la découverte mutuelle et au renforcement de la cohésion sociale.
La différence avec une simple animation tient à la réciprocité. Les aînés ne sont pas seulement là pour raconter le passé, et les jeunes ne sont pas là uniquement pour “mettre de l’ambiance”. Chacun apporte quelque chose : une compétence numérique, une mémoire familiale, une recette, une chanson, une technique de dessin, une expérience de vie ou un regard neuf.
Le projet peut être ponctuel, par exemple autour d’un goûter, ou s’inscrire dans la durée, avec des ateliers mensuels entre une classe de CM2 et des résidents d’EHPAD. Il peut aussi prendre une forme plus engageante, comme la cohabitation de seniors et d’étudiants, où le lien se construit dans le quotidien.
12 exemples de projets intergénérationnels faciles à adapter
Voici des idées concrètes que l’on peut décliner selon le lieu, l’âge des participants, le temps disponible et les moyens humains. L’essentiel est de choisir une activité assez simple pour favoriser la participation, mais assez structurée pour produire une trace visible.
| Idée de projet | Public adapté | Lieu possible | Objectif principal |
|---|---|---|---|
| Barbecue ou pique-nique communautaire | Habitants de tous âges | Quartier, commune, école | Convivialité et inclusion |
| Atelier cuisine de mets traditionnels | Enfants, adolescents, seniors | École, centre social, résidence | Transmission et mémoire culinaire |
| Initiation au numérique | Jeunes, aînés | Médiathèque, association, EHPAD | Autonomie numérique |
| Projet de généalogie | Élèves, familles, personnes âgées | Classe, bibliothèque | Histoire familiale et récit de vie |
| Journée de chansons et de danses traditionnelles | Habitants de tous âges | École, salle communale, association | Partage culturel et mémoire collective |
| Atelier intergénérationnel à l’école | Élèves, seniors | École | Expression et coopération |
| Marche en forêt | Enfants, adultes, seniors mobiles | Parc, sentier local | Santé, observation, conversation |
| Journée “Adoptez un grand-parent !” | Jeunes, personnes âgées | Commune, association, établissement | Rencontre et lien social |
| Atelier d’écriture | Élèves, seniors | École, atelier culturel | Expression et récit partagé |
| Atelier de dessin | Élèves, seniors | École, centre culturel | Création et coopération |
| Création d’un livre sous forme de bande dessinée | Élèves, seniors | École, atelier culturel | Production collective |
| Cohabitation de seniors et d’étudiants | Étudiants, seniors | Logement partagé | Vie quotidienne et entraide |
Des ateliers de transmission très accessibles
La cuisine traditionnelle, la généalogie, les chansons anciennes ou les danses régionales sont de bons points d’entrée, car ils donnent tout de suite matière à raconter. Un senior peut expliquer une recette familiale pendant qu’un jeune note les étapes, prend des photos ou crée une fiche illustrée. À la fin, le groupe repart avec une production concrète : livret de recettes, arbre généalogique, playlist commentée ou petite représentation.
Des projets où les jeunes deviennent formateurs
L’initiation au courriel, à internet, aux appels vidéo, au téléphone mobile, à Facebook ou à Skype valorise fortement les jeunes. Ils ne restent pas dans une position d’apprenant : ils deviennent accompagnateurs. Pour éviter les frustrations, mieux vaut prévoir de petits groupes, des consignes simples et des objectifs réalistes, par exemple envoyer une photo, créer un contact, passer un appel vidéo ou reconnaître un message frauduleux.
Des créations collectives qui laissent une trace
Les ateliers d’écriture, de dessin ou de bande dessinée sont particulièrement adaptés à l’école. Les aînés apportent des souvenirs, des anecdotes, des expressions ou des objets anciens ; les élèves transforment cette matière en récit, en planche dessinée ou en exposition. La Ville de Rouvroy a par exemple valorisé un projet mené avec des élèves de CM2 de l’école Vaillant Couturier et six personnes âgées, autour de la création d’un livre sous forme de bande dessinée.
Choisir le bon format selon le lieu et les participants
Un même exemple de projet intergénérationnel ne produira pas les mêmes effets dans une école, un EHPAD, une association ou une commune. Avant de choisir l’activité, il faut regarder trois paramètres : l’autonomie des participants, la taille du groupe et le niveau d’engagement possible dans le temps.
À l’école : apprendre autrement
En milieu scolaire, le projet gagne à être relié aux apprentissages : expression orale, écriture, histoire, arts plastiques, éducation morale et civique, numérique. Un atelier intergénérationnel à l’école peut prendre la forme d’interviews de seniors, d’un carnet de mémoire locale, d’un échange de lettres ou d’une exposition. Les élèves doivent avoir un rôle clair : préparer les questions, accueillir, écouter, restituer.
En EHPAD ou résidence seniors : éviter l’animation descendante
Dans une structure accueillant des personnes âgées, le risque est de proposer une activité “pour” les résidents plutôt qu’“avec” eux. Un bon projet prévoit des temps où les aînés décident, transmettent ou corrigent. Par exemple, dans un atelier cuisine, ils peuvent choisir les recettes ; dans une rencontre musicale, ils peuvent expliquer le contexte d’une chanson ; dans un atelier numérique, ils peuvent formuler eux-mêmes les usages qui les intéressent.
Il faut aussi prévoir les rôles sociaux que chacun peut prendre dès l’arrivée : “le jeune qui ne sait pas écouter”, “la personne âgée fragile”, “l’élève agité”, “le senior nostalgique”. Une activité réussie fait tomber ces étiquettes sans brusquer personne. Pour cela, donnez très vite une tâche précise à chacun : tenir le minuteur, interviewer, montrer un geste, choisir une photo, relire un texte. Quand les participants cessent d’être définis par leur âge et deviennent utiles au groupe, la rencontre change de qualité.
Dans une commune ou une association : créer une dynamique locale
Le barbecue communautaire, le pique-nique de quartier, la marche en forêt ou la journée “Adoptez un grand-parent !” fonctionnent bien pour ouvrir le projet à un public large. Ces formats sont moins scolaires et plus spontanés, mais ils demandent tout de même un cadre : invitations claires, accessibilité du lieu, solution de repli en cas de météo défavorable, animateurs identifiables et temps prévu pour mélanger les groupes.
Les bénéfices attendus, au-delà du moment convivial
La convivialité compte, mais elle ne suffit pas à justifier un projet. Les rencontres intergénérationnelles répondent à des besoins sociaux plus profonds : recréer du lien, lutter contre la solitude des personnes âgées, valoriser les jeunes et mieux comprendre ce qui différencie ou rassemble les générations. La crise sanitaire a renforcé cette nécessité de retisser des relations de proximité, en particulier pour les personnes isolées.
Pour les aînés, le bénéfice peut être affectif, cognitif et social : retrouver une place dans la communauté, transmettre une expérience, être attendu par un groupe, se sentir reconnu. Pour les jeunes, le projet développe l’écoute, la patience, la curiosité, la confiance en soi et parfois des compétences très concrètes, comme animer un entretien ou expliquer un outil numérique.
À l’échelle d’un territoire, ces projets contribuent au bien vivre ensemble. Ils créent des ponts entre école, familles, structures seniors, associations et collectivités. Les programmes documentés au niveau européen, comme MATES dans le cadre du Lifelong Learning Programme, montrent que l’intergénérationnel peut être pensé comme une démarche structurée, avec des ressources, des exemples et une planification, et pas seulement comme une bonne idée ponctuelle.
Organiser un projet intergénérationnel sans se disperser
Pour passer de l’idée à l’action, mieux vaut commencer petit. Un premier atelier réussi vaut mieux qu’un grand événement trop ambitieux. L’objectif est de créer une expérience positive, puis de l’améliorer ou de la répéter.
- Définir l’objectif : transmission, lutte contre l’isolement, apprentissage numérique, mémoire locale, création artistique ou convivialité.
- Identifier les participants : âge, mobilité, disponibilité, besoins particuliers, centres d’intérêt.
- Choisir un format simple : atelier d’une heure, rencontre mensuelle, sortie, création collective ou binômes jeunes-aînés.
- Préparer les rôles : qui accueille, qui anime, qui accompagne, qui photographie, qui restitue le résultat.
- Prévoir une trace : livret, affiche, exposition, carnet de recettes, vidéo, enregistrement audio ou article communal.
- Faire un retour à chaud : demander ce qui a plu, ce qui a gêné et ce que les participants aimeraient refaire.
Quelques règles simples améliorent beaucoup la qualité de la rencontre : éviter les groupes trop nombreux, prévoir un temps d’accueil, ne pas infantiliser les personnes âgées, ne pas mettre les jeunes en posture d’examen, adapter le rythme et anticiper les questions de transport, d’accessibilité ou d’autorisation parentale.
Pour nourrir la préparation, on peut aussi consulter des ressources comme les coffres à outils d’activités intergénérationnelles, le Projet Tisser des liens ou les exemples recensés par intergeneration.ch, qui évoquent notamment des initiatives en Espagne, en Suisse ou en Allemagne, dont le prix médiatique allemand Video der Generationen. Ces références aident à comparer les formats et à trouver une idée réaliste pour son propre terrain.
Le meilleur projet n’est donc pas forcément le plus spectaculaire. C’est celui qui donne envie aux participants de se revoir, qui fait émerger une parole sincère et qui transforme une rencontre entre âges différents en relation utile, respectueuse et durable.
- 12 exemples concrets de projets intergénérationnels pour créer du lien entre jeunes et aînés - 28 juillet 2026
- Licence science de l’éducation : admission, programme et débouchés expliqués clairement - 27 juillet 2026
- Bac pro SAPAT : une formation en 3 ans, 18 à 22 semaines de stage et des débouchés concrets - 26 juillet 2026



